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Idée#132

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Gouvernement ouvert »

Le rapport Gautrin : première marche vers le changement

J’ai participé d’assez près aux travaux de M. Gautrin et de son équipe. Je suis intervenu à la fois sur la plateforme de consultation publique et sur la plateforme de consultation interne (je travaille au gouvernement). J’ai également discuté de façon assez fréquente avec les membres de l’équipe de M. Gautrin tout au long de la rédaction du rapport que tous et toutes attendons avec impatiente.

À la lumière de ce que j’ai lu ici et sur la consultation interne, et sur la base des échanges que j’ai eu avec l’équipe de M. Gautrin, je ne pense pas que le rapport contienne de recommandations révolutionnaires à l'échelle mondiale. Simplement parce que bien d'autres pays, états et villes ont commencé à opérer le virage vers une eDémocratie. D'autres avant nous (et parfois bien avant) ont procédé à la mise en place d'initiatives gouvernementales mettant de l'avant les principes (et des moyens d'y arriver) de transparence, de collaboration et de participation citoyenne.

Mais à l'échelle de notre gouvernement provincial, bien des recommandations seront révolutionnaires. Pour devenir des actions concrètes, plusieurs changements au sein de la fonction publique devront s'opérer. Les politiciens devront également apprendre à exercer leur fonction autrement. Faire plus de place aux citoyens non seulement en étant plus attentif à leurs opinions, mais surtout en acceptant qu'ils «participent » concrètement à trouver et mettre en place de nouvelles solutions. Qu'ils soient eux aussi le gouvernement.

L'autre révolution importante, qui représente à mon avis le plus grand défi, sera de changer le ton des échanges entre certains acteurs (influents) de la société civile et le gouvernement (et ses représentants). Sur le terrain, je sens bien que les choses changent. Des initiatives comme l'OpenGouv, le GouvCamp, Capitale Ouverte, Montréal Ouvert, Québec Ouvert et même d'une certaine façon (et bien humblement) E-Gouv Québec, permettent de créer une nouvelle forme de dialogue entre les gouvernements (fonctionnaires, dirigeants publics & politiciens) et les citoyens. Le ton n'est plus cynique, mais plutôt collaboratif et constructif.

Mais sur la grande place publique (médias, réseaux sociaux, parties politiques, etc), le ton ne change pas vraiment. Ce que je lis et ce que j'entends porte plutôt à croire que certains médias et acteurs importants du numérique attendent le rapport Gautrin avec un camion de brique et un gigantesque fanal. Je crains que peu importe les recommandations et les actions du gouvernement, l'accueil sera négatif. Que tous resteront sur leurs positions, que le ton soit tout sauf ouvert et collaboratif.

Pourtant, si nous voulons vraiment que les dirigeants de l'état gouvernent autrement, il nous faudra nous aussi agir autrement. Je ne dis pas d'être complaisant ou de ne pas être critique. Au contraire. Je dis simplement d'accepter que le rapport soit vu comme une première marche pour faire monter notre société vers un gouvernement transparent et ouvert, vers une participation citoyenne accrue et constructive. Une version 1.0 d’un projet qui deviendra grand et meilleur graĉe à l’implication de tous.

Lors du premier GouvCamp (www.gouvcamp.org) qui a eu lieu le 22 février dernier à Québec, l’animateur de l’évènement, Sylvain Carle, mentionnait qu’on ne devrait pas exiger d’une première version d’un site ou d’une application gouvernementale, qu’elle soit «parfaite», mais qu’elle soit au moins «assez bien» et qu’elle évolue à l’usage. Nous pourrions peut-être appliquer cette philosophie au rapport de M. Gautrin. Il ne sera certainement pas «parfait», mais il sera certainement «assez bien» pour servir de base au changement. Après, ce sera à nous tous (citoyens, politiciens, administrateurs et employés de l'état, journalistes, entreprises et acteurs du monde numérique) de participer à sa mise en oeuvre et à son évolution.

Les révolutions tout comme les projets Web et numériques, fonctionnent toujours mieux si on s'y met à plusieurs. Si on pousse tous ensemble dans le même sens, il y a plus de chance que les choses se fassent autrement.

Patrick Parent

Communicateur numérique au gouvernement du Québec et co-animateur du groupe de veille E-Gouv Québec.

Commentaire

Soumis par patmanmulder il y a 1 années

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Activités

  1. L'idée a été publiée.
    il y a 1 années

Commentaires (6)

  1. Jardinero , a déclaré:

    Tant et aussi longtemps que les décideurs gouvernementaux ne seront pas en mesure de faire la différence entre une dépense et un investissement public(en lui associant bien sûr les mécanismes de mesure du retour sur ces investissements), on retardera alors certainement l'amélioration réelle de l'efficacité gouvernementale par le biais des nouvelles technologies.

    il y a 1 années
  2. mapoisson , a déclaré:

    Contente de lire de tels commentaires. Avant de courir le sprint, il faut apprendre à marcher. Dans plusieurs organismes gouvernementaux (pas tous, je le souligne), on en est là. Et qui dit apprendre à marcher, dit tomber ... et tomber de nouveau. Parfois au gvt du Québec, on a tellement peur de tomber que l'on ne bouge pas, on sclérose.

    Simplement changer cette situation serait une grande réussite.

    il y a 1 années
  3. robichaud.lyne , a déclaré:

    Merci pour cette belle métaphore de première marche (ou première brique pour bâtir quelque chose ensemble). J'ai vu la vidéo qui a été réalisée l'automne dernier, et c'était magnifiquement bien fait. Je dirais même que c'était de top niveau, semblable à la vidéo du lancement de l'Open Government Partnership. Je suis persuadée que le groupe Gautrin a fait du bon travail. Dès octobre, en voyant les 3 grandes ébauches de recommandations (transparence, participation et collaboration), j'ai transmis des félicitations au groupe, pour avoir inclus ces trois grands principes dans son ébauche.

    Les plans sont appelés à être modifiés. Je préfèrerais qu'on nous assure d'un nouveau type de gestion, plus flexible, que de voir tout planifié de A à Z. Au cours de projets de gouvernement ouvert, il se présente de très nombreuses situations et idées inattendues, étant donné que le gouvernement n'est plus l'unique producteur, mais qu'il produit en collaboration avec un grand nombre d'individus. La vision, le leadership, les attitudes, les actions, cela compte plus qu'un rapport (dont le contenu pourrait être oublié).

    Il ne faudrait pas trop compter sur l'opinion des médias et du grand public. À mon avis, ce n'est pas un rapport qui les convaincra. La perte de confiance en les institutions gouvernementales est un phénomène répandu, qui s'accentue avec le développement des médias sociaux, le Printemps arabe, la crise économique, le mouvement Occupy, etc. Mais les relations que les citoyens auront avec le gouvernement pourraient aider à reconstruire la confiance envers les institutions. D'abord, les gens au sein du gouvernement devront effectuer des changements (dans leurs tête en premier lieu, et le reste suivra ensuite).

    Comme l'indiquait le philosophe Michel Filippi, personne ne sait exactement ce qu'est le gouvernement ouvert, et cela devrait demeurer un idéal vers lequel tendre. C'est davantage une façon de penser, une philosophie. Pour concevoir de la nouveauté, il faut comprendre comme cela fonctionne afin de construire une méthode. Comprendre c'est quoi le gouvernement ouvert, c'est déjà fait: c'était la mission du groupe Gautrin, n'est-ce pas? Comprendre comment faire pour développer une relation de collaboration avec des citoyens, ce qui doit être mis en place pour modifier le travail des gestionnaires, comment améliorer les politiques publiques pour que ça fonctionne, quelles valeurs encourager, que faire pour que de nombreux citoyens participent, que faire pour que les citoyens gagnent quelque chose de leur participation: cela reste à explorer. J'espère que les gens du gouvernement ne confondront pas l'outil (la plate-forme) et le processus. La dernière chose que je voudrais voir, ce serait d'assister à une lutte de croyances de chacun et à des manœuvres pour imposer l'une ou l'une présente. Nous avons assez vu de cela par le passé (et cela ne fonctionne plus), j'aimerais construire sur d'autres bases. Tester de nouvelles méthodes et approches, créer de nouveaux modèles et les appliquer, apprendre à fonctionner plus vite à moindre coût, solutionner ensemble des problèmes, ça, c'est révolutionnaire.

    Continuons de pousser! Lâche pas Patrick. Tu es la perle rare de ce gouvernement. J'espère que plusieurs te le disent, hein? (Au cas où il y en aurait qui ne connaissent pas cela, le concept de reconnaissance de l'Autre, on en veut plus de cela, partout au gouvernement). En tout cas, moi je suis très contente de savoir que tu es là! Je pousse avec toi.

    il y a 1 années
  4. robichaud.lyne , a déclaré:

    Il a été discuté de faire les choses 'assez bien'. Ce concept devrait pouvoir s'étirer jusqu'à admettre la possibilité de faire des erreurs.

    Suggestion pour une 2ième marche: tenter de faire comprendre aux décideurs qu'ils doivent se départir de leur crainte de ne pas avoir l'air parfait. En fait, c'est davantage qu'une crainte, il s'agit d'une contrainte.

    "How do you create a culture of innovation? It's imperative to allow for #mistakes: bit.ly/Awh1BE"

    En admettant que tout le monde est humain, y compris les élus, les gestionnaires, et les employés gouvernementaux, on permet qu'ait lieu l'innovation. Cela pourrait avoir une incidence sur la réduction de la frustration. Par exemple, il est possible que plusieurs se sentent peu apprécié(e)s pour ce qu'ils/elles font. Etre parfait en permanence, c'est exigeant! Dans ce genre de culture, quand on a le malheur de ne pas l'être (ce qui est normal), on s'expose à la critique. La critique pousse à tenter moins de choses (pour échapper à la critique). On finit éventuellement par paralyser.

    Il s'est échangé des informations merveilleuses lors de la rencontre de consultation avec le gouvernement de la Colombie-Britannique. Mais le dernier mot d'ordre a été de ne pas oublier que, chez nous, les élus n'ont pas droit à l'erreur, que cela met en péril leur réélection.

    En fait, cela revient à la peur de l'inconnu, de quelle manière nous composons avec l'incertitude. Passer d'un mode de contrôle rigide, à une façon plus détendue d'entrevoir l'ensemble des tâches. Tant que la peur de ne pas être parfait se maintiendra dans les esprits, l'innovation n'aura pas libre cours.

    il y a 1 années
  5. Message du modérateur
    Gautrin Web 2.0 , a déclaré:

    Merci pour ce message positif et pour votre collaboration. C’est très motivant pour tous les gens qui ont travaillé de près ou de loin au projet et à l’élaboration des recommandations de vous lire.

    Grâce à des stratégies d’action propres au Québec, ce rapport issu d’une démarche collaborative sera certes une première marche vers le changement.

    Continuez de nous appuyer et surtout de faire la différence chacun à votre façon! :)

    il y a 1 années
  6. robichaud.lyne , a déclaré:

    J'ai dormi quelque temps sur ce que nous disait ici Patrick Parent (ie «assez bien»). Merci, cela m'a inspirée pour rédiger un billet: Accepter de faire «assez bien», que cela signifie-t-il, pour un gouvernement ouvert? http://lynerobichaud.blogspot.com/2012/03/accepter-de-faire-assez-bien-que-cela.html

    il y a 1 années