Gouvernement ouvert

Le rapport Gautrin : première marche vers le changement

J’ai participé d’assez près aux travaux de M. Gautrin et de son équipe. Je suis intervenu à la fois sur la plateforme de consultation publique et sur la plateforme de consultation interne (je travaille au gouvernement). J’ai également discuté de façon assez fréquente avec les membres de l’équipe de M. Gautrin tout au long de la rédaction du rapport que tous et toutes attendons avec impatiente.

 

À la lumière de ce que j’ai lu ici et sur la consultation interne, et sur la base des échanges que j’ai eu avec l’équipe de M. Gautrin, je ne pense pas que le rapport contienne de recommandations révolutionnaires à l'échelle mondiale. Simplement parce que bien d'autres pays, états et villes ont commencé à opérer le virage vers une eDémocratie. D'autres avant nous (et parfois bien avant) ont procédé à la mise en place d'initiatives gouvernementales mettant de l'avant les principes (et des moyens d'y arriver) de transparence, de collaboration et de participation citoyenne.

 

Mais à l'échelle de notre gouvernement provincial, bien des recommandations seront révolutionnaires. Pour devenir des actions concrètes, plusieurs changements au sein de la fonction publique devront s'opérer. Les politiciens devront également apprendre à exercer leur fonction autrement. Faire plus de place aux citoyens non seulement en étant plus attentif à leurs opinions, mais surtout en acceptant qu'ils «participent » concrètement à trouver et mettre en place de nouvelles solutions. Qu'ils soient eux aussi le gouvernement.

 

L'autre révolution importante, qui représente à mon avis le plus grand défi, sera de changer le ton des échanges entre certains acteurs (influents) de la société civile et le gouvernement (et ses représentants). Sur le terrain, je sens bien que les choses changent. Des initiatives comme l'OpenGouv, le GouvCamp, Capitale Ouverte, Montréal Ouvert, Québec Ouvert et même d'une certaine façon (et bien humblement) E-Gouv Québec, permettent de créer une nouvelle forme de dialogue entre les gouvernements (fonctionnaires, dirigeants publics & politiciens) et les citoyens. Le ton n'est plus cynique, mais plutôt collaboratif et constructif.

 

Mais sur la grande place publique (médias, réseaux sociaux, parties politiques, etc), le ton ne change pas vraiment. Ce que je lis et ce que j'entends porte plutôt à croire que certains médias et acteurs importants du numérique attendent le rapport Gautrin avec un camion de brique et un gigantesque fanal. Je crains que peu importe les recommandations et les actions du gouvernement, l'accueil sera négatif. Que tous resteront sur leurs positions, que le ton soit tout sauf ouvert et collaboratif.

 

Pourtant, si nous voulons vraiment que les dirigeants de l'état gouvernent autrement, il nous faudra nous aussi agir autrement. Je ne dis pas d'être complaisant ou de ne pas être critique. Au contraire. Je dis simplement d'accepter que le rapport soit vu comme une première marche pour faire monter notre société vers un gouvernement transparent et ouvert, vers une participation citoyenne accrue et constructive. Une version 1.0 d’un projet qui deviendra grand et meilleur graĉe à l’implication de tous.

 

Lors du premier GouvCamp (www.gouvcamp.org) qui a eu lieu le 22 février dernier à Québec, l’animateur de l’évènement, Sylvain Carle, mentionnait qu’on ne devrait pas exiger d’une première version d’un site ou d’une application gouvernementale, qu’elle soit «parfaite», mais qu’elle soit au moins «assez bien» et qu’elle évolue à l’usage. Nous pourrions peut-être appliquer cette philosophie au rapport de M. Gautrin. Il ne sera certainement pas «parfait», mais il sera certainement «assez bien» pour servir de base au changement. Après, ce sera à nous tous (citoyens, politiciens, administrateurs et employés de l'état, journalistes, entreprises et acteurs du monde numérique) de participer à sa mise en oeuvre et à son évolution.

 

Les révolutions tout comme les projets Web et numériques, fonctionnent toujours mieux si on s'y met à plusieurs. Si on pousse tous ensemble dans le même sens, il y a plus de chance que les choses se fassent autrement.

 

Patrick Parent

Communicateur numérique au gouvernement du Québec et co-animateur du groupe de veille E-Gouv Québec.

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